Région hôte de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019 ™, la Normandie, avec déjà plus de 7 000 licenciées, est une terre où la pratique ne cesse de se développer. Focus sur le club résident du Havre qui a mis en place une politique ambitieuse.

Depuis l’arrivée en 2015 de son nouveau président Vincent Volpe, un vent de professionnalisation a soufflé sur la section féminine du Havre Athlétique Club (HAC). Le dirigeant l’avait clairement annoncé lors de son intronisation : le HAC doit devenir d’ici 5 ans une référence du football féminin sur la scène européenne.

Pour y parvenir, le club a pris le parti de mettre l’accent sur son école de football féminin. Pari gagnant puisque les jeunes filles qui ont intégré le HAC dès leur plus jeune âge composent maintenant une équipe U-13 d’un excellent niveau. Elles sont parmi les rares à évoluer dans un championnat masculin, plus relevé que le championnat féminin auquel elles prétendaient. L’équipe seniors, créée la même année en 2015, a, elle, connu une ascension fulgurante. En trois ans, elle est passé d’un championnat régional amateur à la Division 2, à l’été 2018.

Aujourd’hui, la section féminine du club compte 160 licenciées dont 40 réparties dans les deux équipes seniors (D2 et R2). Cette croissance ne s’explique pas uniquement par l’aura dont bénéficie le club au niveau local, mais surtout par les moyens mis à disposition.

Un centre de formation partagé par les sections masculines et féminines

C’est au stade Charles-Argentin, situé à quelques kilomètres du centre-ville du Havre, que se trouve le centre de formation du HAC où joueurs et joueuses partagent les infrastructures. Bien sûr, avec deux sections sur les mêmes espaces, il faut veiller à une parfaite organisation de plannings. Quand les U-19 terminent leur échauffement, c’est au tour de l’équipe seniors femmes d’entrer sur le terrain, après un premier passage en salle de musculation. Il est 12h45. Cette organisation permet aux joueuses de division 2 de concilier leurs entraînements avec leur activité salariée. En effet, plusieurs sont sous contrat fédéral : elles entraînent des catégories jeunes ou passent leur BMF (Brevet de Moniteur de Football). D’autres ont pu signer un contrat semi-professionnel avec le club où la pratique du football constitue simplement une prestation de travail.

C’est le cas de Marine Allez, en contrat indéterminé. Non seulement capitaine et adjointe de l’entraîneur, elle est aussi responsable de l’association féminine du club et référente du football féminin à la Ligue de Normandie. Ses différentes responsabilités lui ont permis d’observer les évolutions de la pratique au niveau régional et national. Elle estime que la professionnalisation des joueuses se met petit à petit en ordre de marche : « La section féminine du Havre est très récente et pourtant nous avons l’un des premiers budgets de division 2. Il se passera encore du temps avant d’obtenir les mêmes moyens que l’Olympique Lyonnais ou le Paris Saint-Germain, mais notre Président a de réelles ambitions pour nous. Il a annoncé vouloir atteindre rapidement l’élite du football féminin en France. C’est pourquoi il a déjà pris beaucoup de décisions en ce sens, qu’il s’agisse du recrutement de joueuses internationales, du contenu de nos contrats ou encore de la qualité des infrastructures qui nous entourent. »

En effet, les joueuses ont la chance de bénéficier des infrastructures utilisées par leurs homologues masculins. Au-delà de l’entraînement effectué dans le même centre de formation, elles jouent dans le même stade, flambant neuf. Margaux Huaumé, 23 ans, est arrivée à l’été 2018. Cet ensemble de moyens mis à disposition l’a très vite convaincue de signer : « C’est la première fois que j’évolue dans un tel cadre. D’un point de vue strictement matériel, on ne peut pas espérer mieux. On a accès à tout et même au corps médical. Une kinésithérapeute vient 5 matinées par semaine et on peut consulter le médecin du sport à tout moment de la journée. Et que dire du fait de jouer au stade Océane ! On arrive vraiment à se sentir professionnelles. »

Le recrutement a constitué un autre volet du développement souhaité par le président Volpe. En 2017, l’effectif a été renforcé avec l’arrivée massive d’étrangères ayant évolué dans le championnat universitaire américain, considéré comme le plus relevé du monde. Elles ont toutes été séduites par le projet et jugent que le football féminin connaît un tournant en France.

Un membre du staff : « Que le Havre, l’un des plus vieux clubs de football masculin en France, devienne l’un des leaders du football féminin nous rendrait fiers »

Les joueuses ne sont pas les seules à participer au développement de la section féminine. L’ensemble du staff joue un rôle. « Depuis toujours la formation des jeunes a été la priorité. Il y a 30 ans, cela concernait uniquement les hommes. Mais depuis 2015, cela concerne aussi bien les hommes que les femmes. Le football n’est pas une question de genre, il est normal que les jeunes filles puissent pratiquer ce sport dans les mêmes conditions que les garçons, estime l’un des membres du staff technique. C’est un projet qui nous tient tous à cœur. Et que le Havre, l’un des plus vieux clubs de football masculin en France, devienne l’un des leaders du football féminin dans le pays nous rendrait fiers. »

Les dirigeants du club comme les joueuses espèrent que la Coupe du Monde Féminine, dont sept matches se dérouleront au Stade Océane du Havre, donnera un nouvel élan à la pratique. Mais pour l’instant, tous restent focalisés sur la deuxième partie de championnat (le HAC est actuellement 4e du groupe A en D2) et sur une échéance de taille : le huitième de finale de Coupe de France Féminine programmé le 27 janvier, au stade Océane face au… Paris-SG, le tenant du titre.