À deux jours d’un quart de finale de Coupe de France historique face à Dijon (samedi 9 février, 16h00), rencontre avec Sandrine Brétigny, ancienne internationale française (22 sélections et 9 buts entre 2006 et 2013), qui a rejoint le Grenoble Football 38 (D2), à l’été 2018. L’attaquante évoque l’évolution du football féminin en France, la Coupe du Monde Féminine organisée dans l’Hexagone (7 juin – 7 juillet) et la médiatisation de la pratique.

« Le nombre de licenciées a augmenté de manière exponentielle ces trois dernières années dans la région Auvergne Rhône-Alpes, passant de 12 093 à 21 585 inscrites. Une tendance à la hausse qui se reflète aussi à l’échelle nationale. Comment l’expliquez-vous ?  

Aujourd’hui en France, la pratique commence à entrer dans les mœurs. Nous ne sommes pas au niveau des États-Unis bien sûr, mais de plus en plus de petites filles se mettent à jouer. Avant, la vision des joueuses de football était très réductrice, on les considérait comme des garçons manqués. Ce cliché tend à disparaître. Les joueuses n’hésitent pas à montrer leur féminité ! Et on voit que les clubs l’ont bien compris. Un exemple parlant, ce sont nos tenues de matches. Quand j’ai commencé le football, on portait des maillots et des shorts beaucoup trop grands pour notre morphologie. Maintenant les équipementiers proposent des modèles avec des coupes femmes et donc les tailles qui vont avec. Elles sont adaptées et on se sent beaucoup plus valorisées. Les clubs et les dirigeants souhaitent mettre l’accent sur leurs sections féminines, les moyens mis à notre disposition s’améliorent constamment.

Est-ce le cas à Grenoble, votre nouveau club ?

Oui en effet. On s’entraîne cinq fois par semaine, ce qui est énorme pour un club de Division 2. On a un terrain en herbe et une salle de musculation dédiés, avec nos vestiaires propres, ce qui n’est pas le cas partout. Le GF38 est un club vraiment familial, on croise la section masculine. Mais même si, comme dans tous les clubs, c’est la section professionnelle, donc les hommes, qui passent avant tout, on n’est jamais laissées de côté. Cet hiver, la neige et les intempéries ont rendu impraticable notre terrain en herbe. On s’est retrouvées à partager la moitié du terrain synthétique des pros pour assurer notre session. En fait, c’est un exemple de plus d’évolution des mentalités. Et dans quelques années, nous aurons sûrement un centre d’entraînement entièrement dédié.

La situation financière des joueuses est souvent pointée du doigt par les détracteurs du football. Que répondriez-vous à tous ceux qui continuent de comparer les hommes et les femmes ?

L’idéal serait que toutes les joueuses soient sous contrat professionnel. Au GF 38, certaines sont employées par le club. Cela reste une position confortable à deux niveaux. D’une part, on a un emploi avec des horaires souples qui nous permet de nous entraîner sans avoir la pression d’annoncer à notre employeur que l’on s’absente tous les jours pour notre session de 18h. D’autre part, notre carrière dans le football n’est pas éternelle. Quand elle s’arrête, il faut travailler. Donc détenir des diplômes, suivre une formation dans un autre domaine ou avoir un emploi en parallèle permet d’anticiper une reconversion. Débuter directement avec un contrat professionnel est gratifiant mais sur le long terme, il faudrait avoir la lucidité d’envisager une alternative. Comme beaucoup de joueuses de ma génération, j’ai décidé de passer des diplômes afin de ne pas être sans rien une fois que j’arrêterai. J’ai passé mon Brevet d’entraîneur lorsque je jouais à Lyon (2000-2012) et réalisé une formation de coach sportif lorsque j’étais à l’OM (2015-2018). Ce n’était certes pas évident, mais je suis plus sereine et ça me permet d’avoir un certain équilibre.

Le football féminin a réellement connu un essor en France avec l’avènement de l’Olympique Lyonnais dont vous avez porté les couleurs entre 2000 et 2012. Que reste-t-il à faire pour continuer à populariser la pratique ?

En France et comme dans beaucoup d’autres pays, il y a un enjeu autour de la communication et la médiatisation du sport féminin en général. Prenons l’exemple tout récent du rugby. Tout le monde est au courant de la défaite des hommes mais pas de la superbe victoire des Françaises. Comme je le répète souvent, tant que les sportives, et notamment les joueuses de football, n’auront pas de titres, elles ne seront pas mises en avant. Si l’OL féminin est sur le devant de la scène avec un stade rempli, c’est principalement grâce à la première victoire en Ligue des champions (2011). Bien sûr, le président Aulas a aussi montré son intérêt pour l’équipe féminine. Il porte un projet ambitieux et s’en donne les moyens. Lui-même est passionné de foot et assiste à tous les matches. C’est très important en tant que joueuse de savoir le président en tribune. Lyon essaie de mettre sur un même pied d’égalité ses joueuses et joueurs, au moins en termes d’image et d’accès à des infrastructures de qualité.

La Coupe du Monde, qui démarre dans 4 mois et sera retransmise sur les chaînes des groupes TF1 et Canal +, doit-elle donner un élan supplémentaire ?

Bien sûr, déjà parce qu’elle se déroule à domicile et aussi parce que l’Équipe de France ira – je l’espère – loin ! Les petites filles verront la compétition et leurs mamans auront peut-être ensuite moins de réticences à les inscrire dans un club (rires). Il faut aussi admettre que le public qui assiste aux matches des femmes est différent et moins virulent que celui qui assiste aux matches des hommes. Les parents auront moins d’appréhensions à emmener leurs enfants au stade l’été prochain ! Cette Coupe du Monde est une chance pour les familles de partager un moment de fête et de sport. À Grenoble, on sent que petit à petit la population prend conscience de l’imminence du Mondial. Avec le club et la Métropole, on a participé à quelques actions de promotion et ça intéresse énormément de personnes, amateurs ou non de foot. »