Évoquer l’histoire du football féminin sur le territoire français, c’est commencer par un grand club : Reims. Pionnier en la matière, il a lancé la pratique dans l’Hexagone dans les années 70. Pendant près de 15 ans, le club s’est imposé comme modèle au niveau national et international. Le choix de la FIFA et du Comité d’Organisation Local de retenir Reims parmi les villes hôtes de la Coupe du Monde Féminine™ (7 juin – 7 juillet) s’imposait donc logiquement. 

« À l’occasion de son grand tournoi, qui aura lieu cette année les 24 et 25 août, L’Union-Sports désire mettre sur pied un match inédit entre deux équipes féminines de football », tel était le contenu de l’annonce passée par le journaliste Pierre Geoffroy dans le journal régional L’Union Sport en 1968. Le succès fut immédiat puisque les candidates ont été nombreuses à y répondre, menant à la création du Football Club Féminin Reims cette même année. Par la suite, les événements ont dépassé les attentes de ces joueuses, pour qui la discipline était avant tout un loisir.

Un an plus tard, le Stade Rémois absorbait le club féminin alors que son succès commençait déjà à poindre. Les années 70 ont été dorées pour l’équipe qui a multiplié les matches en France et à l’étranger. Après une première tournée en Tchécoslovaquie en 1969, les Rémoises se sont envolées outre-Atlantique. « Nous avons importé le football – le soccer – au Canada et aux États-Unis », témoigne Ghislaine Royer-Souëf, ancienne capitaine et gardienne des Rouges et Blanches. En nous voyant jouer, des entraîneurs américains ont vu que le sport pouvait être pratiqué par des femmes et que le jeu restait aussi beau. Très vite, les Américains et Canadiens ont créé des équipes universitaires. » C’est même l’équipe de Reims qui a donné naissance à l’Équipe de France féminine en 1971, entraînée à l’époque par Pierre Geoffroy.

« Une expérience sportive et humaine »

En 1975, l’équipe compte déjà un palmarès impressionnant : invaincue sur le sol français après 200 matches, elle n’a concédé que 23 défaites, toutes à l’étranger. « Pendant quelques années, la Fédération Française de football ne reconnaissait pas la pratique, mais cela ne nous a pas empêchées de nous confronter à des nations étrangères, précise Marie-Bernadette Thomas, ex-attaquante et plus jeune joueuse de l’équipe rémoise. Partir en tournée et en Coupe du Monde officieuse a été une expérience sportive hors du commun mais une expérience humaine avant tout. Pour nous toutes, c’était l’occasion de découvrir d’autres pays, d’autres cultures. »

Après avoir fait partie des 16 équipes féminines de France à créer la Première Division, les Rémoises ont remporté trois Championnats d’affilée. Elles ont aussi représenté le drapeau tricolore lors de plusieurs Coupes du Monde des Clubs non officielles, qu’elles ont remporté en 1978, mettant le pays sur le devant de la scène du football féminin international. Cependant, les années 80 n’ont pas réussi aux Rouges et Blanches. En 1984, c’est déjà la fin. L’équipe est reléguée et stagnera pendant des années en championnat amateur.

Des retrouvailles avec la D1 l’année de la Coupe du Monde

Il faudra attendre 2014 pour qu’elle retrouve des couleurs puis remonte de la Division d’Honneur Champagne-Ardenne à la D2 en 2016, avant d’être sacrée championne, le 21 avril 2019. Elles vont donc retrouver l’élite du football féminin, l’année de la première Coupe du Monde en France. « Dès le début de la saison, on a senti qu’on avait toutes les clés pour parvenir à l’échelon supérieur. J’ai rejoint le club il y a 5 ans et cette année, je n’ai eu aucun doute sur notre capacité à tout remporter, indique Tess David, milieu du Stade de Reims. Après avoir vécu la montée des garçons l’année dernière, on avait qu’une envie, les imiter. Et l’année du Mondial en plus, c’est un signe ! »

Cette ascension, 5 ans après la renaissance de la section féminine, est un aboutissement de l’ensemble des efforts déployés par le club, le staff et les joueuses. L’entraîneuse actuelle, Amandine Miquel, l’admet sans sourciller. C’est pour emmener l’équipe au plus haut sommet qu’elle a été nommée en 2016.

Sur les pas de l’OL, la professionnalisation en ligne de mire

Depuis, Reims s’est employé à développer école de football féminin en recrutant à tous les âges et en proposant des infrastructures semblables à celles dont bénéficient les équipes masculines. S’inspirant de l’Olympique Lyonnais, le club va se doter d’un bâtiment spécialement dédié à la section féminine d’ici la saison prochaine : vestiaires, bureaux, lieux de vie, les joueuses auront droit au même traitement que leurs homologues masculins.

Pour l’attaquante Mélissa Gomes, cette qualité de vie et de pratique est un luxe qu’elle n’aurait jamais imaginé il y a quelques années : « Quand j’ai débuté en région parisienne (Paris FC, ex-Juvisy ; VGA Saint-Maur), on n’avait pas de vestiaire à nous, on n’avait accès à aucune installation, les conditions étaient rudimentaires. Cela fait 2 ans que je suis à Reims et avant même d’apprendre la construction du bâtiment qui nous sera propre, j’ai été impressionnée par tout ce qui était mis à notre disposition, qu’il s’agisse des terrains, de la salle de musculation ou encore des efforts mis en œuvre pour l’intégration des joueuses. On nous aide à trouver des formations professionnelles, à concilier études et football. Certaines joueuses occupent même un poste au sein du club, comme Tess (éducatrice U-14 masculin) ou Giorgia Spinelli (défenseuse, intendante). »

Selon leur entraîneure, cette professionnalisation est indispensable pour qui souhaite atteindre le haut niveau et y rester : « Les joueuses doivent être dans les meilleures conditions pour travailler, progresser et espérer pérenniser leur montée. L’année prochaine, on rivalisera avec les plus grands. Il faudra donc être capable d’attirer de nouvelles recrues, d’où l’importance donnée à la formation des jeunes d’une part et aux conditions de vie de l’ensemble des joueuses d’autre part. »

Le club compte sur la Coupe du Monde pour encourager les jeunes filles à le rejoindre. En effet, la Ligue Grand Est compte bien moins de licenciées dans la région de Reims qu’à l’extrême est, à Strasbourg, ou encore à Metz. Avec 6 matches au stade Auguste-Delaune et un engouement populaire avéré, le souhait des dirigeants rémois pourrait être exaucé.